Lorsque l'apôtre Pierre franchit le seuil de la maison de Corneille à Césarée, il fit quelque chose qui aurait été impensable pour la plupart des Juifs du premier siècle : il entra dans la demeure d'un Gentil. Et lorsqu'il expliqua sa présence, il prononça l'une des phrases les plus chargées théologiquement de tout le Nouveau Testament : « Dieu m'a appris à ne regarder aucun homme comme souillé ou impur » (Actes 10:28, Louis Segond). En quelques mots, Pierre démantela un mur qui s'était dressé pendant des siècles — un mur construit non pas de pierre mais d'interprétation de la Torah, de pratique culturelle et d'identité religieuse profondément ancrée.

Pour comprendre le plein poids d'Actes 10:28, nous devons comprendre ce qu'il en a coûté à Pierre de le dire, ce que cela signifiait dans son contexte juif du premier siècle, et pourquoi cela continue de porter un pouvoir transformateur pour l'Église aujourd'hui. Ce verset n'est pas un aparté anodin ; c'est la charnière sur laquelle tourne tout le récit de Corneille, et il résume l'une des réorientations théologiques les plus radicales de l'histoire de la rédemption.

Le texte biblique : Actes 10:27–29 en contexte

Actes 10:27–29 — Version Louis Segond 1910

27Tout en lui parlant, il entra, et trouva beaucoup de personnes réunies. 28Il leur dit : Vous savez qu'il est défendu à un Juif de se lier avec un étranger ou d'entrer chez lui ; mais Dieu m'a appris à ne regarder aucun homme comme souillé ou impur. 29C'est pourquoi, lorsqu'on m'a envoyé chercher, je suis venu sans faire de difficulté. Je vous demande donc pour quel motif vous m'avez fait venir.

La scène se passe dans la maison de Corneille à Césarée. Pierre a voyagé depuis Joppé — un trajet d'environ 50 kilomètres — accompagné de six croyants juifs (Actes 11:12). Il arrive pour trouver non seulement Corneille mais un rassemblement de « beaucoup de personnes » — les parents et amis proches de Corneille (Actes 10:24). C'est déjà une situation sociale remarquable : un apôtre juif se tenant devant une salle pleine de Gentils, tous attendant avec impatience d'entendre ce que Dieu a à dire.

Les premiers mots de Pierre sont une reconnaissance franche de la transgression sociale et religieuse qu'il vient de commettre. Il ne prétend pas que la barrière n'existe pas ; il la nomme directement. Et puis il explique pourquoi il l'a franchie quand même : Dieu m'a appris.

Le texte grec : Décrypter « souillé » et « impur »

La précision du grec de Luc est cruciale ici. Pierre utilise deux mots distincts pour décrire ce que Dieu lui a montré de ne pas appeler une personne :

Terme grec Translittération Sens littéral Sens théologique
κοινόν koinon « Commun », « ordinaire », « partagé » Rituellement souillé par contact avec le monde ordinaire/profane ; non mis à part pour un usage sacré
ἀκάθαρτον akatharton « Impur », « souillé » Intrinsèquement impur selon les catégories lévitiques ; le contraire de katharos (pur/propre)

Ce sont les deux mêmes mots utilisés dans la vision de Pierre (Actes 10:14–15) lorsqu'il refuse de manger les animaux sur le drap : « Je n'ai jamais rien mangé de souillé ni d'impur. » La répétition délibérée est le signal littéraire de Luc que Pierre a correctement interprété sa vision — non pas comme une déclaration sur la nourriture, mais comme une déclaration sur les personnes.

Le mot koinon (commun) est particulièrement intéressant. En grec séculier, il signifiait simplement « partagé » ou « ordinaire ». Mais dans l'usage religieux juif, il avait acquis le sens technique de « rituellement souillé » — quelque chose qui avait été rendu impur par contact avec le monde commun et non sacré. Un Gentil était koinon non pas à cause d'un manquement moral inhérent mais parce qu'il existait en dehors des frontières de l'alliance qui définissaient l'identité sacrée d'Israël.

« Dieu m'a appris à ne regarder aucun homme comme souillé ou impur. »
— Actes 10:28

Les lois de pureté juives et la séparation des Gentils

Pour apprécier la nature sismique de la déclaration de Pierre, nous devons comprendre le monde qu'il était en train de quitter. Le judaïsme du premier siècle maintenait un système complexe de réglementations de pureté enracinées dans la Torah (particulièrement Lévitique 11–15 et Nombres 19) et élaborées extensivement dans la tradition orale (plus tard codifiée dans la Mishna et le Talmud).

Le système de pureté lévitique

Le système de pureté lévitique fonctionnait sur un spectre allant du « très saint » au « très impur », avec diverses gradations entre les deux. Certains animaux étaient déclarés purs (propres à la consommation) et d'autres impurs (interdits). Certaines conditions corporelles — maladies de peau, écoulements corporels, contact avec des cadavres — rendaient une personne temporairement impure et nécessitaient une purification rituelle avant qu'elle puisse participer au culte ou à la vie communautaire.

La logique sous-jacente de ce système était la sainteté comme séparation : Israël était appelé à être distinct des nations, et les lois de pureté étaient l'un des principaux mécanismes par lesquels cette distinction était maintenue et incarnée dans la vie quotidienne. Manger avec des Gentils, entrer dans leurs maisons, partager leur table — toutes ces actions risquaient une contamination rituelle et brouillaient la frontière entre le saint et le commun.

Les Gentils et l'impureté rituelle

Bien que la Torah elle-même ne déclare pas explicitement les Gentils rituellement impurs, la tradition rabbinique s'est de plus en plus orientée dans cette direction. Au premier siècle, de nombreux enseignants juifs soutenaient que les maisons des Gentils étaient présumées impures (en raison de la possibilité de fœtus enterrés, de nourriture impure, etc.), que la nourriture des Gentils était suspecte et que le contact social étroit avec les Gentils risquait la souillure.

C'est précisément ce que Pierre reconnaît dans Actes 10:28 : « Vous savez qu'il est défendu à un Juif de se lier avec un étranger ou d'entrer chez lui. » Le mot traduit par « défendu » (athemiton) est fort — il suggère quelque chose qui viole la loi divine ou naturelle, quelque chose de profondément tabou. Pierre ne décrit pas une préférence sociale mineure ; il décrit une frontière fondamentale de l'identité religieuse juive.

Murs de pierre anciens représentant les barrières entre les peuples qu'Actes 10:28 abat
Les murs entre les peuples — sociaux, religieux et ethniques — que la déclaration de Pierre dans Actes 10:28 commence à démanteler.

La vision de Pierre : Le drap et les animaux

La déclaration de Pierre dans Actes 10:28 est incompréhensible sans la vision qu'il a reçue à Joppé (Actes 10:9–16). Pendant qu'il priait sur un toit à la sixième heure, Pierre tomba en extase et vit un grand drap descendant du ciel, contenant « toutes sortes de quadrupèdes et de reptiles de la terre et d'oiseaux du ciel » — y compris des animaux rituellement impurs selon la loi lévitique. Une voix lui ordonna : « Lève-toi, Pierre, tue et mange. »

La réponse de Pierre fut immédiate et instinctive : « Non, Seigneur, car je n'ai jamais rien mangé de souillé ni d'impur. » La voix répondit : « Ce que Dieu a déclaré pur, ne le regarde pas comme souillé. » Cet échange se produisit trois fois — le nombre de répétition dans le récit biblique qui signale une certitude absolue et un accent divin.

La structure triple de la vision

La triple répétition de la vision (Actes 10:16) n'est pas accidentelle. Dans le récit biblique, la répétition triple signale la certitude divine et l'élimination de tout doute. Dieu ne suggérait pas simplement une nouvelle perspective à Pierre — il outrepassait les instincts religieux les plus profonds de Pierre avec une autorité divine sans ambiguïté. Le même schéma apparaît dans le triple reniement de Jésus par Pierre (Luc 22:54–62) et la triple restauration de Pierre par Jésus (Jean 21:15–17).

Quand Pierre arriva à la maison de Corneille, il avait réfléchi au sens de la vision (Actes 10:17, 19). L'Esprit lui avait dit d'aller avec les messagers « sans hésiter » (Actes 10:20). Mais c'est seulement lorsqu'il se tint devant Corneille et sa maisonnée assemblée que le sens complet se cristallisa : la vision ne portait pas principalement sur la nourriture. Elle portait sur les personnes.

La déclaration de Pierre : Ce qu'il a dit et pourquoi cela importait

La déclaration de Pierre dans Actes 10:28 comporte trois composantes distinctes, chacune méritant une attention particulière :

1. « Vous savez qu'il est défendu à un Juif de se lier avec un étranger ou d'entrer chez lui »

Pierre commence par reconnaître la réalité de la barrière. Il ne prétend pas qu'elle n'existe pas ou n'en minimise pas la signification. C'est un acte d'honnêteté intellectuelle et de transparence culturelle. Il dit à Corneille et à sa maisonnée : Je sais que ce que je fais est transgressif selon les normes de ma communauté. Je veux que vous sachiez que je le sais.

L'expression « étranger » (allophylos — littéralement « d'une autre tribu/peuple ») est un terme large pour les Gentils. Il englobe non seulement les Romains mais tous les non-Juifs. Pierre ne fait pas une exception étroite pour Corneille personnellement ; il articule un principe qui s'applique à tous les peuples de toutes les nations.

2. « Mais Dieu m'a appris »

Le « mais » adversatif est le pivot de toute la phrase. Pierre n'agit pas de sa propre initiative, de son propre raisonnement théologique ou de sa propre évolution culturelle. Il agit sur la révélation divine. La construction passive — « Dieu m'a appris » — souligne que ce n'est pas l'idée de Pierre. Il est le destinataire d'une révélation divine, non l'initiateur d'une nouvelle théologie.

C'est crucial pour comprendre l'autorité de ce qui suit. Pierre n'est pas un réformateur progressiste décidant de mettre à jour des coutumes religieuses dépassées. Il est un apôtre rapportant ce que Dieu a révélé. La source de la nouvelle compréhension est Dieu lui-même.

3. « À ne regarder aucun homme comme souillé ou impur »

La portée de cette déclaration est stupéfiante : aucun homme (mēdena anthrōpon — littéralement « aucun être humain »). Pas « aucun Gentil suffisamment pieux ». Pas « aucun Gentil qui s'est attaché à la communauté juive ». Pas « aucun Gentil qui répond à certains critères moraux ». Aucun être humain.

L'universalité de cette déclaration est le cœur théologique d'Actes 10:28. Dieu n'a pas simplement fait une exception pour Corneille ; il a déclaré un nouveau principe qui s'applique à toute l'humanité. Aucune personne — quelle que soit son ethnicité, sa nationalité, son contexte religieux ou son statut social — ne doit être catégorisée comme « souillée » ou « impure » au sens qui l'exclurait de la communauté du peuple de Dieu.

Des aliments aux personnes : Le saut interprétatif

L'une des caractéristiques les plus remarquables d'Actes 10:28 est le mouvement interprétatif que fait Pierre. Sa vision portait sur la nourriture — des animaux sur un drap, un ordre de manger, une déclaration que ce que Dieu a purifié ne doit pas être appelé commun. Mais Pierre l'applique aux personnes.

Ce n'est pas une interprétation arbitraire ou forcée. Elle reflète une logique structurelle profonde : dans le système de pureté juif, les lois alimentaires et les frontières sociales étaient intimement liées. La raison pour laquelle les Juifs ne pouvaient pas manger avec les Gentils n'était pas simplement que la nourriture des Gentils pouvait être rituellement impure — c'était que toute la personne gentile était catégorisée comme existant en dehors des frontières de la communauté sainte. Les lois alimentaires et la séparation sociale étaient deux expressions du même principe sous-jacent : la distinction entre Israël (saint, mis à part) et les nations (commun, hors de l'alliance).

Quand Dieu a déclaré tous les aliments purs, il déclarait simultanément toutes les personnes accessibles. Les deux déclarations sont inséparables. Pierre l'a compris — et sa compréhension est confirmée par l'effusion du Saint-Esprit sur les Gentils dans Actes 10:44–46, qui fournit la validation divine définitive de son interprétation.

Ce qu'Actes 10:28 renverse

  • L'exclusivité ethnique : L'hypothèse que la communauté de l'alliance de Dieu était définie par l'ethnicité juive et l'observance de la Torah.
  • La séparation rituelle : La pratique d'éviter le contact social avec les Gentils pour prévenir la contamination rituelle.
  • La pureté hiérarchique : La classification des êtres humains sur un spectre allant du « saint » à l'« impur » selon leur relation à l'alliance mosaïque.
  • Les barrières à la table commune : L'interdiction de partager des repas avec des Gentils, qui était l'une des expressions les plus visibles de la séparation judéo-gentile.
  • L'hésitation missionnaire : L'hypothèse implicite que l'Évangile était principalement pour les Juifs, les Gentils étant au mieux des destinataires secondaires.

Implications théologiques : Pureté, inclusion et la Nouvelle Alliance

Actes 10:28 n'est pas un verset isolé ; c'est un nœud dans un vaste réseau théologique qui s'étend sur les deux Testaments. Plusieurs thèmes théologiques majeurs convergent ici :

L'accomplissement de la promesse de l'Ancien Testament

L'inclusion des Gentils n'était pas une surprise pour le Dieu d'Israël — c'était son plan depuis le début. L'alliance abrahamique promettait que « toutes les familles de la terre seront bénies en toi » (Genèse 12:3). Les prophètes envisageaient à plusieurs reprises un jour où les nations afflueraient vers Sion (Ésaïe 2:2–4 ; 56:6–8 ; Michée 4:1–3). Actes 10:28 est le début de l'accomplissement de ces anciennes promesses.

La Nouvelle Alliance et l'Esprit

La nouvelle alliance promise par Jérémie (31:31–34) et Ézéchiel (36:25–27) était caractérisée non pas par des frontières rituelles externes mais par une transformation intérieure — la loi écrite sur le cœur, l'Esprit répandu sur toute chair. Actes 10 est le moment où cette réalité de la nouvelle alliance commence à se réaliser parmi les Gentils. L'effusion de l'Esprit sur la maisonnée de Corneille (Actes 10:44–46) est le signe définitif que Dieu les a inclus dans la communauté de la nouvelle alliance — non par la circoncision ou l'observance de la Torah, mais par la foi et le don de l'Esprit.

L'abolition du mur de séparation

La réflexion théologique ultérieure de Paul sur cette réalité dans Éphésiens 2:14–16 fournit le cadre systématique de ce que Pierre a vécu dans Actes 10 : Christ « a renversé le mur de séparation, l'inimitié, ayant anéanti par sa chair la loi des ordonnances dans ses prescriptions, afin de créer en lui-même avec les deux un seul homme nouveau ». Le « mur de séparation » que Paul décrit est précisément la barrière que Pierre reconnaît et franchit dans Actes 10:28. La croix de Christ est le fondement ultime de la déclaration qu'aucune personne ne doit être appelée souillée ou impure.

Porte ouverte avec lumière qui entre, représentant la porte ouverte de l'Évangile à toutes les nations dans Actes 10
La porte ouverte — Actes 10:28 marque le moment où la porte de l'Évangile s'ouvre en grand à tous les peuples et toutes les nations.

Références croisées clés et parallèles bibliques

Actes 10:28 ne se tient pas seul. Il fait partie d'un riche tissu de textes bibliques qui articulent ensemble la portée universelle du dessein rédempteur de Dieu :

  • Actes 10:15 — « Ce que Dieu a déclaré pur, ne le regarde pas comme souillé » — la déclaration divine dans la vision de Pierre qui génère directement Actes 10:28.
  • Actes 10:34–35 — « Dieu ne fait pas acception de personnes, mais qu'en toute nation celui qui le craint et qui pratique la justice lui est agréable » — la conclusion théologique de Pierre tirée de la rencontre avec Corneille.
  • Actes 11:9 — Le récit de Pierre de la vision à l'Église de Jérusalem, confirmant son interprétation.
  • Actes 15:8–9 — Le témoignage de Pierre au Concile de Jérusalem : « Dieu, qui connaît les cœurs, leur a rendu témoignage en leur donnant le Saint-Esprit comme à nous ; et il n'a fait aucune différence entre eux et nous, ayant purifié leurs cœurs par la foi. »
  • Galates 2:11–14 — La confrontation de Paul avec Pierre à Antioche, où l'échec de Pierre à maintenir le principe d'Actes 10:28 (en se retirant de la table commune avec les Gentils) a provoqué une vive réprimande.
  • Éphésiens 2:14–16 — L'articulation théologique de Paul de l'abolition du mur de séparation entre Juifs et Gentils par Christ.
  • Romains 10:12 — « Il n'y a pas de différence entre le Juif et le Grec ; car le même Seigneur est le Seigneur de tous, riche pour tous ceux qui l'invoquent. »
  • Apocalypse 7:9 — La vision eschatologique d'« une grande foule, que personne ne pouvait compter, de toute nation, de toute tribu, de tout peuple, et de toute langue » — l'accomplissement ultime de ce qu'Actes 10:28 inaugure.

Application pour l'Église aujourd'hui

Actes 10:28 n'est pas simplement un enregistrement historique d'une percée théologique du premier siècle. C'est une parole vivante qui continue de défier et de remodeler l'Église à chaque génération. Plusieurs applications émergent avec une force particulière :

Confronter nos propres frontières de « pureté »

Chaque culture et chaque communauté chrétienne a sa propre version du système de pureté juif — ses propres catégories de personnes considérées comme « souillées » ou « impures », ses propres murs invisibles qui déterminent qui est le bienvenu et qui ne l'est pas. Ces frontières peuvent être raciales, économiques, éducatives, politiques ou morales. Actes 10:28 invite chaque génération de croyants à se demander : Qui sont les personnes que je suis tenté d'appeler « souillées » ou « impures » ? À quoi ressemblerait le fait que Dieu m'apprenne à ne pas les appeler ainsi ?

La priorité de la révélation divine sur la tradition culturelle

La volonté de Pierre de franchir le seuil de la maison de Corneille n'était pas le résultat d'une évolution culturelle ou d'une pression sociale. C'était le résultat d'une révélation divine. Il a agi parce que Dieu lui a appris. C'est un modèle pour la façon dont l'Église devrait naviguer dans la tension entre la tradition héritée et l'œuvre continue de l'Esprit. Toutes les traditions ne doivent pas être abandonnées — mais aucune tradition ne doit être maintenue face à une instruction divine claire au contraire.

L'inséparabilité de la théologie et de la pratique

Pierre n'a pas simplement cru que les Gentils étaient acceptables pour Dieu dans l'abstrait. Il est entré dans la maison de Corneille. Il s'est assis avec des Gentils. Il a mangé avec eux (Actes 10:48 ; 11:3). La théologie d'Actes 10:28 exigeait une expression incarnée, sociale et relationnelle. Croire qu'aucune personne n'est « souillée ou impure » doit se traduire par des pratiques réelles d'accueil, d'inclusion et de table commune — ou cela reste purement théorique.

La tentation permanente de reculer

Galates 2:11–14 révèle que Pierre lui-même a ensuite reculé par rapport au principe qu'il avait articulé dans Actes 10:28, se retirant de la table commune avec les chrétiens gentils quand des chrétiens juifs de Jérusalem arrivèrent à Antioche. La réprimande de Paul fut sévère : le comportement de Pierre n'était « pas droit selon la vérité de l'Évangile ». Cet épisode est un rappel sobre que les intuitions d'Actes 10:28 ne sont pas automatiquement permanentes. Elles doivent être continuellement réaffirmées, incarnées et défendues contre l'attraction gravitationnelle de la conformité sociale et de la peur.

Équipe éditoriale des études bibliques

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Scripture Insight · Exégèse du Nouveau Testament

Notre équipe de chercheurs bibliques se spécialise dans la théologie du Nouveau Testament, le contexte gréco-romain et l'histoire du christianisme primitif. Tout commentaire est fondé sur une exégèse soigneuse du texte grec original et sur l'engagement avec les meilleures recherches contemporaines.

Questions fréquemment posées

Que signifie Actes 10:28 par « souillé ou impur » ?

Dans Actes 10:28, « souillé » (grec : koinon) désigne quelque chose rendu rituellement impur par contact avec le monde ordinaire et non sacré, tandis qu'« impur » (grec : akatharton) désigne quelque chose intrinsèquement impur selon les catégories lévitiques. Dans le système de pureté juif, les Gentils étaient considérés comme « souillés » — en dehors des frontières sacrées de la communauté de l'alliance — et leurs maisons, leur nourriture et leurs personnes étaient traitées comme des sources potentielles de contamination rituelle. La déclaration de Pierre que Dieu lui a montré de ne regarder aucune personne comme « souillée ou impure » signifie que ces catégories de pureté ne s'appliquent plus aux êtres humains à l'ère de la nouvelle alliance.

Actes 10:28 signifie-t-il que tous les aliments sont maintenant purs ?

La vision de Pierre dans Actes 10:9–16 implique bien la nourriture — spécifiquement des animaux rituellement impurs selon la loi lévitique. La déclaration divine « Ce que Dieu a déclaré pur, ne le regarde pas comme souillé » (Actes 10:15) a des implications pour les lois alimentaires, cohérentes avec l'enseignement de Jésus dans Marc 7:19 qu'il « déclarait purs tous les aliments ». Cependant, le point principal de Luc dans Actes 10 n'est pas les réglementations alimentaires mais les personnes. Pierre lui-même interprète la vision comme portant sur des personnes, non sur la nourriture (Actes 10:28). La vision du drap était le véhicule par lequel Dieu a communiqué la vérité plus profonde sur l'inclusion des Gentils.

Pourquoi était-il « défendu » aux Juifs de rendre visite aux Gentils ?

La déclaration de Pierre qu'il était « défendu » à un Juif de se lier avec un étranger ou d'entrer chez lui reflète la pratique juive du premier siècle plutôt qu'un commandement explicite de la Torah. La Torah elle-même n'interdit pas tout contact social avec les Gentils, mais la tradition orale (plus tard codifiée dans la Mishna et le Talmud) a développé des réglementations extensives sur les maisons, la nourriture et les personnes des Gentils qui rendaient le contact social étroit très difficile. La préoccupation était principalement la pureté rituelle — les maisons des Gentils étaient présumées impures, la nourriture des Gentils était suspecte et l'association étroite risquait la contamination. Au premier siècle, cela était devenu une norme sociale profondément ancrée qui fonctionnait comme une interdiction quasi absolue pour les Juifs observants.

Comment Actes 10:28 se rapporte-t-il à la lettre de Paul aux Galates ?

Galates 2:11–14 relate un épisode douloureux dans lequel Pierre (Céphas) s'est retiré de manger avec les chrétiens gentils à Antioche quand des chrétiens juifs de Jérusalem arrivèrent, « craignant ceux de la circoncision ». Paul l'a confronté publiquement, arguant que son comportement n'était « pas droit selon la vérité de l'Évangile ». Cet incident révèle que le principe que Pierre a articulé dans Actes 10:28 — qu'aucune personne ne doit être appelée souillée ou impure — n'était pas automatiquement ou définitivement maintenu. Le recul de Pierre sous la pression sociale montre à quel point il était difficile de vivre la percée théologique d'Actes 10, et pourquoi l'insistance de Paul sur les implications de l'Évangile pour les relations judéo-gentiles était si importante pour l'Église primitive.

Actes 10:28 parle-t-il d'égalité raciale ?

Bien qu'Actes 10:28 ne soit pas principalement une déclaration sur la race au sens sociologique moderne, il a de profondes implications pour la façon dont les chrétiens pensent aux distinctions raciales et ethniques. La division judéo-gentile au premier siècle était l'une des frontières ethniques et culturelles les plus significatives du monde antique, et la déclaration de Pierre qu'aucune personne ne doit être appelée « souillée ou impure » aborde directement la tendance à catégoriser les êtres humains comme inférieurs ou exclus en fonction de leur identité ethnique ou nationale. Le principe théologique — que Dieu ne fait pas acception de personnes et qu'aucun être humain ne doit être traité comme « souillé » — a une application claire et directe aux questions contemporaines de justice raciale et d'inclusion.

Que s'est-il passé après que Pierre a dit cela dans Actes 10:28 ?

Après la déclaration de Pierre dans Actes 10:28, Corneille expliqua pourquoi il avait envoyé chercher Pierre — racontant sa vision angélique (Actes 10:30–33). Pierre prêcha ensuite l'Évangile de Jésus-Christ à la maisonnée assemblée (Actes 10:34–43). Pendant que Pierre parlait encore, le Saint-Esprit tomba sur tous ceux qui entendaient la parole — des Gentils parlant en langues et louant Dieu (Actes 10:44–46). Les croyants juifs qui étaient venus avec Pierre furent stupéfaits. Pierre ordonna alors qu'ils soient baptisés au nom de Jésus-Christ (Actes 10:47–48). Cette séquence — déclaration, proclamation, Esprit, baptême — devint le paradigme de l'inclusion des Gentils dans l'Église primitive et fut ensuite défendue par Pierre devant l'Église de Jérusalem (Actes 11:1–18).